Corinne Molina : oser, sans complexe mais avec respect

Sophie Mayeux – décembre 2012

Corinne est audacieuse. Aux côtés de son mari, elle a osé participer au rachat d’une entreprise de vingt-cinq millions de francs, elle a osé la faire croître pour la transformer en un groupe industriel qui porte avec fierté les couleurs de la chimie française. Confiante et déterminée, elle garde le cap, toujours dans le respect des collaborateurs. « Oser, c’est une question d’envie. L’envie doit dépasser la peur. »

Corinne est originaire de Maroeuil, près d’Arras. Elle évolue au sein d’une famille où les femmes sont actives. Sa grand-mère travaille, défend la cause du village. Sa mère est directrice financière d’une entreprise locale de peinture, un beau parcours professionnel pour une femme à l’époque. Elle s’est battue pour la sauvegarde de son entreprise. Après un bac scientifique, Corinne est une des rares à partir à Lille pour faire ses études supérieures. « J’ai intégré la prépa HEC du Lycée Faidherbe grâce à un professeur de philosophie qui s’est battu pour me repêcher sur la liste d’attente. » Depuis, Corinne n’a jamais laissé passer sa chance.

Elle intègre l’ESC Lille en option finances-contrôle de gestion, puis fait une spécialisation en expertise comptable. C’est dans ce domaine qu’elle commence sa carrière. Elle entre ensuite dans un cabinet d’audit qui travaille en relation avec le milieu syndical. L’un de ses clients, la Lainière de Roubaix, l’embauche. Au milieu des années quatre-vingt-dix, une expérience la marque. « L’entreprise était en dépôt de bilan. Nous essayions de trouver des solutions avec les acteurs économiques et politiques. J’assistais à l’une de ces réunions de réflexion avec un autre cadre et on nous a lancé « Reprenez la Lainière ! » Une fois l’étonnement passé, nous nous sommes investis dans ce projet un peu fou qui finalement ne s’est pas concrétisé. » Le destin de Corinne était ailleurs. En 1993, sa mère lui lance un appel désespéré. Son entreprise de peinture est sur le point d’être rachetée par un concurrent lui-même en sur-capacité. Ce qui signifie qu’à terme, l’entreprise est irrémédiablement condamnée à la fermeture. Le premier client, le maire du village, les cadres de l’entreprise, Corinne et son mari interviennent. Cette mobilisation collective permet de lever les fonds nécessaires au sauvetage de l’entreprise. C’est le début d’une aventure humaine forte et pérenne.

Mäder est une société qui a grossi par l’acquisition d’entreprises françaises puis étrangères. « Il faut oser les différences. Quand on reprend une entreprise, il faut tenir compte des différences culturelles. C’est encore plus vrai lorsqu’on va au delà de ses frontières. Les certitudes sont bousculées. Mobiliser les gens autour d’un projet, les aider à travailler ensemble, sauvegarder et créer des emplois, c’est ce qui me donne envie de me lever le matin et le sentiment d’être utile. » Corinne n’a pas peur de dire qu’elle ose défendre les couleurs de l’industrie en France et en Europe. « Je suis convaincue que cela passe par une démarche Responsabilité Sociale de l’Entreprise. Chez Mäder, nous sommes vigilants à la sauvegarde de l’environnement, et attentionnés à notre ressource la plus importante, les hommes et les femmes qui travaillent pour nous. »

Dans votre domaine professionnel, est-ce difficile d’être une femme ?

« J’ai dû faire face à deux grandes décisions : l’acceptation des insignes de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur et la reprise de la direction opérationnelle du Groupe. Il m’a fallu plusieurs mois pour accepter cette décoration donnée par Christine Lagarde. J’ai accepté pour chaque collaborateur de Mäder et pour aider à changer le regard sur les femmes, leur ouvrir la voie. Puis l’année dernière, je me vois proposer de reprendre la direction opérationnelle du Groupe. Ce n’était pas évident de décider de succéder à mon mari qui avait fait un travail remarquable. Et puis, j’ai décidé d’Oser pour permettre à l’aventure MÄDER de se poursuivre et d’accepter d’y aller avec ma propre personnalité.

Dans le monde industriel, on rencontre peu de femmes sur les postes de dirigeant ou de responsabilités techniques. Il faut les aider à développer leur présence dans ce secteur, et je suis heureuse de participer à ce mouvement. Mais je ne suis pas dans la lutte ou le combat. Il faut discrètement faire changer les choses et les mentalités, avec humilité et simplicité. »

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Ce qui est plutôt compliqué, c’est d’ouvrir les voies pour les autres femmes. Il faut continuer de le faire. C’est par de petites actions en douceur, que le regard des hommes sur les femmes peut changer. J’avoue qu’il est plaisant de surprendre des hommes lorsqu’ils ont des idées préconçues sur les femmes. Quand je le réussis, à cet instant, je me dis que je fais avancer les choses. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Non, car nous faisons les choses différemment, pour des raisons différentes. Mais les deux façons d’agir sont complémentaires. Nous devons assumer notre féminité et nos différences. C’est une vraie richesse pour une entreprise qu’hommes et femmes travaillent ensemble. Il est essentiel qu’il existe un équilibre, car l’approche féminine n’est pas suffisante en soi. J’ai toujours eu un vrai plaisir à travailler avec les hommes. »

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