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Performance et spiritualité, pourquoi choisir ?

Cet article fait suite à la conférence LIFE du 26 novembre 2019 avec pour témoins Ludovic Dujardin, Nicolas Hennon et Frédéric Lenoir.

C’est plutôt CRAZY! Curieux, Audacieux, de s’interroger sur le lien entre spiritualité et performance, vous ne trouvez pas ? Cette rencontre inspirante nous a livré le témoignage de trois hommes engagés aux valeurs humanistes, Nicolas Hennon, leader d’entreprise, Ludovic Dujardin, co-fondateur de Petit Bambou, et Frédéric Lenoir, auteur, philosophe et sociologue. Rêver d’entreprises humanistes le temps d’une conversation… Avec eux, ce n’est pas un rêve, c’est bien réel, ils l’ont fait et ils le vivent au quotidien. Oui, c’est possible de faire converger performance et spiritualité.

Souvent, spiritualité est associée à religion. Alors que la religion revêt une dimension culturelle et donc collective, la spiritualité est un chemin intérieur qui permet de s’ouvrir au monde. Frédéric Lenoir nous rappelle que la religion crée du lien social et que c’est en cela qu’elle peut avoir un rôle politique. A travers ses rites, la religion permet aux individus de vivre et de croire ensemble à une transcendance qui les dépasse. La spiritualité est un travail de développement personnel, c’est un chemin, un souffle de vie comme le dit Nicolas Hennon, qui permet d’oser être. Son objectif est de grandir, de s’améliorer en tant qu’être humain et d’aligner le corps, la tête et l’esprit. C’est un chemin vers soi qui ouvre aux autres et au monde en toute harmonie. Frédéric Lenoir souligne que le vrai clivage entre les êtres humains n’est pas entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, mais entre ceux qui ont une vie intérieure et ceux qui n’en n’ont pas.

Ces trois hommes ont une vie intérieure intense. 

Ils ont tous en effet décidé de faire un travail sur eux et leur quête continue. C’est en commençant par soi que l’on peut en tant que dirigeant ensuite faire infuser au sein de son entreprise. 

Ludovic Dujardin a toujours eu envie de créer des entreprises. Il a démarré tôt. Petit Bambou est sa septième réalisation. Au fur et à mesure de ses créations, il a eu de plus en plus envie d’apporter sa contribution au monde. Son moteur est une quête au service d’une mission, créer de la paix en entreprise. Il a décidé de bannir du vocabulaire de son entreprise tous les mots guerriers tels que conquérir des parts de marché, cibler des clients, attaquer un marché… et de se reconnecter à son intention dans chacune de ses actions de manager. « Ma conviction est que la spiritualité est d’ordre intime. L’entreprise n’a pas à envoyer à ses collaborateurs des injonctions à s’engager sur ce chemin. En revanche, mon rôle de chef d’entreprise est de créer le terreau fertile pour que ceux qui veulent développer leur spiritualité le puissent. Je fournis le bac avec le terreau et il est de la responsabilité de chacun de planter sa graine et de la faire pousser. »

Nicolas Hennon est l’ancien directeur général de Kiabi. Il y a 10 ans, il est confronté à un accident de la vie qui lui fait prendre conscience de son état mortel. Il chemine depuis vers sa propre lumière et s’interroge sur l’être. Il a accepté ses fragilités, cela n’a pas été simple, mais il en est ressorti plus fort. Il est parti à la recherche de son enfant intérieur. Ce cheminement l’a transformé pour laisser la place à un homme dans toute son humanité qui définit ainsi sa mission de vie : vivre avec amour et humour vers plus de valeur et de bonheur. 

Frédéric Lenoir a emprunté le chemin de la vie intérieure avec les questionnements d’un enfant : pourquoi sommes-nous sur Terre, pourquoi être heureux, comment réussir sa vie ? Il a grandi au sein d’une famille instable et a dû reconstruire son ego. Il a décidé à 20 ans de rentrer au séminaire, il voulait devenir un saint, être le plus performant spirituellement. Il a compris que la spiritualité n’était cette course effrénée, mais l’acceptation de ses fragilités et la dépossession de soi. C’est lorsque l’on est dans l’accueil, l’ouverture et l’écoute de son coeur que l’on dit oui à la vie. « J’ai progressé spirituellement en quittant le monastère, en faisant 15 ans de thérapie pour reconstruire mon ego et en empruntant le chemin du développement personnel. Je cherche à m’améliorer et être utile aux autres. J’écris des livres qui font du bien, qui rendent les gens heureux et ça me rend heureux. Je veux être acteur aussi. Je m’engage dans le domaine de l’éducation avec les ateliers philosophiques pour les enfants, je veux réveiller leur conscience, ce sont eux les adultes de demain. Je m’engage aussi auprès des animaux : je veux donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, car en tant qu’êtres humains, il n’est pas supportable de continuer à nous comporter comme nous le faisons avec les animaux. »

Comment font-ils pour concilier performance et spiritualité, car n’oublions pas que ce sont aussi des chefs d’entreprise ?

Pour Ludovic Dujardin, l’entreprise n’a pas le choix, elle est nécessairement performante pour perdurer. Mais la performance ne doit pas se faire au détriment des gens. Elle est au service de, d’eux. Petit Bambou recrute des personnes qui ont envie de fleurir dans son terreau. Qu’importe la fleur qui va en sortir, elle essaimera et donnera d’autres fleurs.

Nicolas Hennon met performance et spiritualité dans la même équation. « Performance signifie réaliser et accomplir. Chez Kiabi, la performance n’est pas une clé d’entrée. C’est une conséquence de l’environnement de bien-être que nous avons créé pour que chacun ait l’audace d’avoir confiance en soi. Nous avons mis très concrètement la spiritualité au cœur d’une entreprise comme Kiabi en nous questionnant : je suis un être humain qui s’épanouit au travail si j’ai confiance, si on m’écoute et si je trouve du sens. Pour y arriver, l’une des premières actions est de bien se parler. La Communication Non Violente est inscrite dans la stratégie de Kiabi et tous les collaborateurs peuvent recevoir une formation à la CNV. »

De son côté, Frédéric Lenoir recherche la performance en ce sens qu’il veut que son entreprise fonctionne bien à sa bonne mesure. Il décide de prix abordables pour ses conférences de manière à ce que le plus grand nombre puisse y assister. Il fait attention à ce que ses livres soient beaux pour attirer bien sûr, mais il écrit ce qu’il a envie d’écrire, il n’écrit pas un livre parce que son éditeur lui dit que ce sujet se vendra bien. Pour vivre au mieux sa spiritualité, il partage sa vie en deux temps : six mois à parcourir le monde en s’octroyant quelques moments de méditation et six mois de solitude en déconnexion dans sa maison en Corse.

Développer sa spiritualité permet d’être acteur de sa vie.

Et c’est un réel levier, une vraie force pour répondre aux défis actuels du monde, la raréfaction des ressources, le réchauffement climatique, les changements de modèles économiques.

Ludovic Dujardin nous enjoint à être des acteurs citoyens. Nous sommes tous responsables et devons mettre toute notre énergie à faire tout ce que nous pouvons à notre propre échelle pour faire le changement. Prenons notre vélo, consommons plus responsable, agissons comme nous pouvons individuellement. Nous sommes tous des colibris qui faisons chacun ce que nous pouvons parce que cela nous rend heureux, mais aussi faisons-le sans porter de jugement sur ceux qui nous entourent et qui n’agiraient pas comme nous le voudrions, nous ne connaissons pas leur histoire.

Nicolas Hennon nous recommande d’être authentique et de nous intéresser sincèrement à ceux qui nous entourent. Lorsque nous demandons à un collaborateur « comment ça va? » et qu’il vous répond « ça va », dans la très grande majorité des cas, ça ne va pas. Et si vous lui demandiez plutôt ensuite « quand tu dis ça va, ça veut dire quoi ? ». A ce moment-là seulement, démarre une vraie conversation.

Frédéric Lenoir nous questionne : à qui profite le profit et au détriment de qui se fait-il ? Une croissance infinie dans un monde fini, ce n’est pas tenable. Créer de la richesse partagée, réinvestir est utile à la société. Me demander ce que j’endommage lorsque je produis. De plus en plus d’entreprises tiennent compte des facteurs environnementaux dans leur démarche et de toute façon beaucoup de jeunes ne veulent pas venir travailler dans des entreprises qui dégradent l’environnement. « Quant au climat anxiogène, non ce n’était pas mieux avant et oui il y a un événement dramatique qui est le réchauffement climatique. Mais il faut tout faire comme si ce n’était pas trop tard. Je suis lucide sur la situation, et optimiste. Je cherche les solutions au niveau individuel et collectif. Le principal est d’être dans l’action. Je m’engage et je suis détâché, je ne cherche pas le résultat. Je fais de mon mieux en bonne conscience, et ça ne m’empêche pas dêtre heureux. »

Mes trois enseignements 

  • la spiritualité met les êtres humains en lien avec soi, les autres, le monde
  • pour diffuser la spiritualité, commençons par soi, et faisons-en une priorité
  • apportons notre juste contribution au monde en ayant la conscience de faire notre bonne part.

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