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Anamaria Lepoutre : un engagement enraciné dans chaque instant de la vie

Une rencontre avec Anamaria, c’est un aller direct pour les grandes plaines du continent sud-américain. Les paysages de son Pérou natal lui manquent, ici elle se sent parfois étouffer. « En France, il est quasiment impossible de trouver un espace qui n’a pas été touché par l’homme.»

Anamaria crée depuis qu’elle est toute petite. C’est assise aux pieds de sa grand-mère qu’elle réalise ses premiers vêtements de poupée. Puis sa mère organise dans son village des défilés de mode pour les enfants. Anamaria coud ses propres créations. Peu avant l’année de son bac, elle revient à Lima. « Je savais que la mode était mon univers, mais je voulais quand même avoir un bagage universitaire. » Anamaria mène en parallèle des études de philosophie et de stylisme, elle tisse des liens entre le conceptuel et l’application. A la fin de ses études, Anamaria participe à un concours de stylisme qu’elle remporte, pour créer les uniformes des hôtesses de l’air d’une compagnie aérienne péruvienne. Avec les gains, elle crée un atelier de confection. C’est à ce moment-là qu’elle rencontre son mari, originaire du Nord. « Un ch’ti revient toujours chez lui ! » Alors elle le suit et vient s’installer dans la région, sans abandonner son atelier de confection au Pérou. Ce sera en France qu’elle créera sa marque. Pour cela, elle doit apprendre les manières de faire locales. Elle travaille dans différentes entreprises tant de la haute couture que de la grande distribution, se familiarisant ainsi avec les acteurs du marché français de la mode. Elle est avide d’apprendre. « A chaque fois, j’allais au-delà de la mission qui m’était donnée, car j’apprenais. Je savais que ça allait me servir un jour, que j’appliquerais à la chaussure tout ce que j’avais assimilé. »

Lors d’un retour au Pérou en 2009, elle rencontre un artisan de la chaussure, elle a l’impression qu’elle le connait depuis toujours. Elle ne laisse pas passer sa chance. Tout s’enchaîne : elle dessine avec frénésie ses tout premiers modèles, il les fabrique. Elle revient en France avec huit premières paires, quitte son entreprise, crée sa collection originelle. Depuis, Anamaria crée avec passion ses deux collections annuelles, en ayant toujours à coeur de mettre en valeur les savoir-faire artisanaux de son pays d’origine. « Je suis contente de créer pour le bonheur que me donne mon métier. Je suis contente quand je vois les femmes heureuses de porter mes chaussures et se les approprier. »

Anamaria est soucieuse du sens de son activité. « C’était important pour moi que la production soit faite au Pérou. Je voulais que mon pays profite un peu de ce que la France m’avait permis de faire. J’avais des liens forts avec un orphelinat là-bas. J’ai décidé de reverser une part du produit de la vente de chaque paire de chaussures pour soutenir cet établissement ». Anamaria a voulu aller plus loin. Elle a réussi à nouer des partenariats entre des entreprises franco-péruviennes et cet orphelinat, afin de permettre aux jeunes qui en sortent de faire un stage en entreprise, pour une première chance d’entrevoir le milieu professionnel.

La création est un acte vital pour Anamaria. Les souliers d’Anamaria ne sont pas de simples chaussures. Elles vous emmènent sur les chemins de la solidarité et de l’authenticité.

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Oui c’est compliqué, car aujourd’hui la femme doit être une professionnelle, une maman, une femme parfaites. C’est trop. La société lui demande énormément. Mais la femme se met beaucoup de pression aussi. Elle est à la recherche d’une affirmation de soi par rapport à l’homme, elle veut lui montrer qu’elle est capable. Pour répondre à un certain complexe, la femme se place la barre de plus en plus haut. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Je crois que si j’étais un homme, je ne serais pas capable de faire tout ce que je fais aujourd’hui. La femme a une capacité de réaction plus grande, elle est incroyablement multi-fonctionnelle. Notre regard de femme est plus fin vis-à-vis de ce qui touche à l’humain, et mon métier est très en rapport avec l’humain. C’est mon moteur. »

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