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Nathalie Labaeye : ne jamais se laisser couper les ailes

Sophie Mayeux – 2012

Nathalie est aussi frêle que les oiseaux qu’elle recueille. En pénétrant dans sa maison, ils nous observent, chantent, font frémir leurs ailes. Ils sont brodés sur une tapisserie, s’agitent dans les volières, ils sont là.

Nathalie a la fibre animalière depuis toute petite. De nature introvertie et solitaire, elle est malade depuis l’âge de neuf ans. « J’ai connu l’hôpital enfant, c’est ma deuxième maison. Les animaux ont toujours été pour moi un refuge et un moteur. J’ai tout de suite voulu être vétérinaire. Mais mon parcours scolaire a vite été arrêté par la maladie. A l’école on m’a dit que j’étais nulle en maths. Mon autre passion c’était les livres, ils me permettaient de m’évader, de me construire mon monde, alors j’ai passé un bac littéraire et artistique avec le projet de poursuivre mes études pour être conservateur de musée… La maladie changera l’épilogue. »

Nathalie s’est mariée, a eu ses enfants. Cette femme curieuse, passionnée et jamais satisfaite, décide de reprendre ses études. Au salon de l’agriculture, elle est captivée par le lapin qui remporte le Prix du Président de la République et se lance le défi de devenir juge cunicole. « Le milieu de la cuniculture est un domaine très masculin. En plus, pour prétendre être juge, il faut être éleveur et sélectionneur depuis de longues années, tout ce que je n’étais pas ». Personne ne voulait parier sur cette petite femme. C’était sans compter sur sa pugnacité. Nathalie a été reçue à l’examen probatoire. Elle s’est battue plusieurs années pour avoir son diplôme officiel, mais épuisée par tous les obstacles que l’on s’évertuait à poser devant « ce poil à gratter », elle s’est effacée.

Un jour, le mari de Nathalie, garde champêtre, revient avec un poussin chouette hulotte. Alors, elle se documente, achète des livres sur les oiseaux, nourrit, protège l’oisillon qui finit par s’en sortir. Et puis les oiseaux ont continué d’arriver : un, deux, trois, puis quatre par semaine… Nathalie est débordée. Elle s’entoure des compétences d’un vétérinaire, et ouvre un centre de soins légal pour rapaces et passereaux à Montcavrel. « Lorsque je recueille un oiseau, c’est dans l’objectif de le relâcher. Quand il s’envole, l’émotion me gagne, je ne sais pas qui de lui ou moi est le plus reconnaissant. Je ressens quand un oiseau ne va pas s’en sortir, alors je le prends contre moi dans une serviette pour qu’il lâche prise, en toute quiétude. » Nathalie a trouvé sa vocation, finalement n’est-elle pas un peu vétérinaire ?

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Une femme doit davantage s’imposer pour avoir de la crédibilité. Lorsque j’étais juge cunicole, j’entendais les « Elle est trop sensible, trop jeune, sans expérience… elle n’y arrivera pas. » J’ai dû faire ma place dans ce monde masculin, pourtant certains hommes changeront le cours de mon existence. Il ne faut pas tous les mettre dans le même panier. Une femme doit faire ses preuves. On est plus méfiant à son égard. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Si j’avais été un homme, j’aurais été marin. Dans ma famille, la plupart des hommes sont marins sur plusieurs générations… C’est de l’eau de mer qui coule dans mes veines, elle m’inspire et me ressource. Les hommes ont une sensibilité différente, c’est certain. Le vétérinaire avec qui je travaille porte un regard sur moi qui m’est très utile. »

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