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Axel Allétru : vivre sans rancune

J’ai eu très rapidement rendez-vous avec Axel. Il travaille avec Riad Kacim qui gère notamment sa communication digitale et ses relations presse et avec ce dernier, les choses ne traînent pas. Riad m’accueille chaleureusement dans le bureau qu’un ami leur loue dans la zone industrielle de Seclin. Axel arrive en marchant appuyé sur ses béquilles. Son fauteuil n’est jamais loin au cas où il serait fatigué. En les voyant tous les deux, je comprends à quel point ils sont complices. Je sens dans la poignée de main d’Axel une énergie et une force vitales qui ne demandent qu’à rayonner. J’ai une heure, pas une minute de plus, leur planning est chargé. Je suis certaine que ce seront 60 minutes d’une très grande intensité. 

Un parcours sportif de haut niveau fulguramment précoce

D’aussi loin qu’il se souvienne, Axel a toujours eu envie de faire du sport. A l’âge de 5 ans, ses parents l’inscrivent au club de BMX du Lille Université Club (LUC). Le BMX est un petit vélo sans vitesse et sans caractéristique tout terrain. Vous vous souvenez du vélo qui transportait E.T. ? Eh bien c’est celui-ci. Entre 5 et 11 ans, Axel est trois fois Champion d’Europe et trois fois Champion du Monde. “J’ai beaucoup voyagé et fait aussi beaucoup voyager mes parents. Quand on a moins de 10 ans, c’est une formidable ouverture sur le monde et les autres cultures.” 

Adolescent, Axel démarre le moto cross. C’était pour lui un rêve. Son père pratiquait ce sport, et participait chaque année à l’Enduro du Touquet. Et c’est un sport qui donne la possibilité d’être un athlète professionnel. C’est ce qui plaisait à Axel. Il est doué : il remporte des titres de Champion de France, d’Europe junior. Il a 19 ans lorsqu’il devient en 2009 Vice-Champion du Monde junior. Il est heureux : c’est pour lui l’opportunité d’intégrer une équipe professionnelle pour les Championnats du Monde. Il s’agit de l’équipe KTM. Le rêve est au bout de ses doigts. 

27/06/2010 : la vie d’Axel bascule

Axel m’explique avec ses mots son accident. “ Les Championnats du Monde se déroulent cette année-là en Lettonie. Je prends le départ. Je suis bien. Je suis en cinquième place. Et je négocie mal une bosse. La moto m’éjecte et je retombe sur le bas du dos. Je sens une onde de choc me parcourir la colonne vertébrale. Je saurai plus tard qu’il s’agit d’une fracture de la moelle épinière. Sur le coup je ne sens plus mes jambes. Je suis évacué dans un hôpital sur place dans lequel je subis une première opération. Je suis ensuite rapatrié en France, à Lille. Je suis opéré une seconde fois pendant près de huit heures. J’ai des plaques plein le dos pour consolider la colonne vertébrale. Les médecins sont pessimistes et me prédisent le fauteuil roulant à vie. Ils m’expliquent que je ne pourrai pas remarcher compte-tenu de la lésion que j’ai à la colonne vertébrale.” Axel a 20 ans et décide qu’il remarchera. 

Remarcher grâce à un mental d’acier

Sur son lit d’hôpital, Axel sent une contraction musculaire infime réapparaître. Il commence alors  à travailler dur, très dur. “ Allongé dans mon lit, j’ai senti que j’avais encore un peu de sensibilité dans les cuisses. Alors j’ai décidé de m’y accrocher. J’ai visualisé mes muscles et je les ai travaillés mentalement. Je me suis mis à m’entraîner à les voir fonctionner. Puis, j’ai été transféré en rééducation. J’apprends alors à retourner de l’autonomie en fauteuil. Je passe successivement par l’espoir, puis le désespoir, puis l’espoir, puis l’acceptation. Mais chaque matin, la seule chose qui m’anime c’est de remarcher. J’y pense tout le temps. Je n’oublie jamais pendant mes moments de calme et de relaxation de continuer de travailler cette petite sensibilité que je transforme mentalement en fonctionnalité. Et un jour, je sens que j’arrive à contracter mon muscle ! Alors je m’accroche. Je travaille ce petit rien au moyen de la kinésithérapie, de la balnéothérapie, tout seul le soir, sans relâche. C’est une question de vie ou de mort pour moi. Je mets toute mon énergie pour récupérer le maximum de fonctionnalité.” 

Pendant un an et demi, Axel suit sans faillir son parcours de rééducation. Il développe avec un orthoprothésiste des attelles uniques adaptées à ses jambes qui lui permettent de se tenir debout. Il a perdu 80% de ses muscles, mais grâce à son travail mental et de rééducation, il a développé de nouvelles fonctionnalités qui lui permettent de tenir en position debout. Axel m’explique qu’il existe une théorie mathématique qui montre que même si l’on récupère des quadriceps on ne peut pas marcher. Mais lui a réussi à développer un nouvel équilibre pour marcher avec ses béquilles et ses attelles.

Axel a 22 ans, il remarche malgré les pronostics sans appel que l’équipe médicale du centre de rééducation : elle lui avait bien expliqué que compte-tenu de ses lésions, il ne remarcherait pas, c’était certain. Alors, il n’a pas lâché, il a suivi son intime conviction et il a travaillé seul, le soir dans sa chambre t le week-end chez ses parents pour remuscler ce qu’il pouvait sauver. Il a réussi au prix d’un travail acharné et solitaire. Il démarre une nouvelle vie, une vie adaptée.

Redevenir un sportif de haut-niveau malgré son handicap

Axel est né sportif, est devenu un athlète de haut-niveau, et ce n’est son handicap qui va le freiner. Il décide de se relancer dans le sport avec comme objectif les Jeux Paralympiques de 2016 à Rio en natation. Je découvre alors la complexité du milieu de l’handisport. Axel doit monter sa propre structure de haut-niveau : recruter son coach, son médecin, son entraîneur et tout le reste de l’équipe, préparer ses stages. C’est un peu comme une double peine. Non seulement vous êtes handicapé, mais en plus vous devez tout organiser et gérer seul par vos propres moyens, mêmes financiers ! Mais il en faut plus pour décourager Axel. Il s’entraîne, avale les longueurs et intègre le haut niveau. Il devient de multiples fois Champion de France et Champion d’Europe en 2015. Il se qualifie pour Rio sur 50 mètres papillon et 50 mètre crawl. quelques mois avant Rio, on le change de catégorie, il est déplacé dans une catégorie dont le handicap est moindre et dans laquelle les temps de qualification sont d’un niveau supérieur. Il ne s’envolera pas pour le Brésil.

Axel a 27 ans, et après 6 ans de natation, il a envie de tourner la page de sa vie sportive.

Donner un sens à son accident en partageant son histoire

Axel partage par hasard son histoire et se rend compte du fort impact que cela a sur son auditeur. “ Cela m’a poussé à réfléchir et m’a ramené aux fondamentaux de la vie. Le monde est en train de changer, beaucoup de personnes sont négatives, mais pourquoi gâcher sa vie en râlant tout le temps ? ” Depuis 2017, Axel est conférencier. Il a fait plus de quarante interventions dans des entreprises, associations et écoles. Il a même participé à un TEDx en 2015. Il y parle de son processus de reconstruction par la résilience. Il démontre que la vie peut être cruelle mais généreuse à la fois. La résilience lui appris à accepter ce qui est, sans colère, mais sans résignation non plus. Il a appris à vivre non pas comme une victime, mais comme une personne qui a décidé d’avoir accès à d’autres choix. Il parle aussi de dépassement de soi et bien sûr de handicap. Le handicap n’est pas un frein et peut mener à la performance. 

“ M’exprimer en conférence est une vraie mission. C’est ma manière de redonner tout ce que j’ai reçu, d’aider les personnes qui sont dans ma situation. Lorsque j’étais à l’hôpital, j’ai cherché des personnes inspirantes pour me donner de l’espoir. D’une manière générale, sans forcément parler de handicap, les gens n’ont plus ni espoir ni rêves et se laissent happer par le négatif dans le climat ambiant anxiogène. Alors je leur propose de revenir aux bases de la vie.”

Dans quelle lettre de CRAZY! Axel Allétru se retrouve ?

“ Sans hésiter dans Y de Yes it’s possible !” me lance Axel dans un élan joyeux.

Mon temps d’interview est terminé. Riad y veille avec soin. Axel a 29 ans, j’ai l’impression qu’il a vécu tellement de vies ! Le sport lui a permis de se reconstruire, il a un mental incroyable, une force intérieure éclaboussante, ne se pose aucune limite et n’a aucune rancune contre la vie. Axel a un rêve : faire le Paris Dakar en voiture en 2020. C’est un projet ambitieux. Mais il lui tient à cœur de démontrer que malgré le handicap, il est possible de battre des valides, conduire, être autonome, et être CRAZY! Le projet est lancé, c’est pour cela que son agenda est chargé : Axel et Riad cherchent des partenaires, alors à bon entendeur…

 

Plus d’informations pour suivre l’aventure du Rallye Dakar 2020  : 

www.axel-alletru.com

Facebook : Axel Allétru

Conférence TEDx

la chaîne Youtube d’Axel

LinkedIn, Instagram

2 réflexions au sujet de “Axel Allétru : vivre sans rancune”

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