Angélique Harant : s’imposer dans un univers masculin

Sophie Mayeux – décembre 2012

Angélique aime les challenges. Elle les accepte, les affronte, les relève. Elle illustre le parcours de la femme qui se bat pour être reconnue dans l’univers très masculin des cadres de direction d’entreprise. « Je veux qu’on me reconnaisse pour mes compétences. Dans les relations professionnelles avec les hommes, il faut acquérir de la crédibilité, du respect et s’autoriser à rester une femme. » Pas simple tous les jours…

Angélique fait une école de commerce. Elle devient le bras droit du dirigeant d’une société de matériel dentaire, gère les achats, négocie. Elle reprend parallèlement un cursus d’études pendant deux ans pour approfondir ses compétences en marketing, droit et finances. Elle intègre une grande entreprise locale agissant dans le domaine du logement social et en devient le Secrétaire Général pendant sept ans. « J’ai appris beaucoup, notamment à évoluer dans des milieux politiques.» Angélique est subitement mise à l’écart suite à une restructuration de la Direction, elle se met en chasse d’une nouvelle mission. Depuis près de trois ans, Angélique est Déléguée Générale de l’Association des Diplômés de l’Ecole Centrale de Lille. C’est la première fois qu’une femme est nommée à ce poste, que ce soit sur le site de Lille, Lyon, Nantes ou Paris. Ce sont son profil et sa personnalité qui ont convaincu le Président des Centraliens de Lille de rompre avec les usages de l’Association, datant du début du siècle et de recruter une femme, non centralienne. Ce poste de contacts, avec des ingénieurs à haut niveau, lui donne accès à de nouveaux réseaux, celui du monde industriel, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Angélique est satisfaite, car depuis il y a eu des émules dans les écoles de Lyon et de Paris.

Dans votre domaine professionnel, est-ce difficile d’être une femme ?

Une femme à un poste de direction, ça fait souvent peur, on se demande si elle va être capable, on a peur qu’elle commette des erreurs. « J’ai toujours évolué dans des milieux très masculins, à des fonctions supports de l’entreprise. Par ailleurs, depuis mon passage dans le logement social, je suis administratrice bénévole à la Caisse d’Epargne dans la SLE de Lille et fait partie des minorités féminines. Apprendre me plait, l’échange d’idées aussi et quand je peux apporter ma pierre à l’édifice, j’en suis heureuse.

Je me souviens lorsque j’étais Secrétaire Général, mon Président me disait : « Il est vrai que tu es quelqu’un sur qui je peux me reposer, parfois même tu me surprends, car quelle que soit la difficulté, tu arrives encore à atteindre ton objectif, mais je ne peux pas t’augmenter, car j’ai peur d’être mal jugé. » Lorsqu’on est une femme, il faut attendre son moment, être très patiente, être plus compétente, donner plus. Plus de temps et d’énergie qu’un homme afin d’éviter de se voir ravir sa promotion ou de se retrouver placardisée dès son retour de congé maternité. Il faut s’attendre à devoir répondre à des questions, comme « Qui va garder vos enfants pendant vos déplacements ? » »

Angélique connaît les codes et sait s’imposer lorsque cela est nécessaire. Dans une assemblée, elle sait écouter, forger sa position, intervenir en conciliatrice ou en experte. De grandes femmes comme Eleanor Roosevelt l’inspirent, et parfois c’est vers elle que son regard se tourne, pour se renforcer.

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« D’un point de vue professionnel, c’est compliqué. Les femmes expertes ne sont pas assez mises en valeur. Elles ne sont pas assez présentes au gouvernement, dans les postes clés des entreprises. Il faut arrêter de dire qu’il n’y a pas de femme suffisamment compétente pour tel poste dans tel conseil de surveillance.

Il y a eu une évolution importante des femmes et de leur place dans la société ; elles sont plus reconnues même si elles doivent faire leurs preuves. Mais de vieux réflexes persistent, comme celui de penser qu’une femme est moins expérimentée pour prendre des décisions dans un monde d’hommes. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Je ne serais pas forcément confrontée aux mêmes problématiques mais je pense que je continuerais à accorder une place importante à la valeur et au sens des choses. Les femmes sont capables de plus d’empathie, elles sont parfois plus fortes et sont contraintes dans le travail à donner plus qu’un homme si elles veulent réussir. Personnellement, mon mode de séduction a toujours été mon implication et le travail bien fait. »

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