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Claudine Destombes : la maladie au service de la vie

Sophie Mayeux – décembre 2012

En parlant avec Claudine, toutes vos peines et vos douleurs s’adoucissent. Quelle force, quelle énergie, quelle envie de vivre, se dégagent de cette femme fragile. La maladie qui l’a surprise il y a six ans lui a fait réaliser combien la vie vaut la peine. « Souvent, ceux qui ont eu à affronter de lourdes maladies ou de gros handicaps disent qu’ils sont plus heureux qu’avant. Je suis persuadée que la maladie est faite pour aller vers le changement. »

Les parents de Claudine étaient agriculteurs. Leur ferme se trouvait au Pavé Stratégique à Marcq-en-Baroeul. Il existe toujours là-bas un calvaire, au croisement de deux routes. La grand-mère de Claudine l’avait fait ériger au retour de la guerre de son époux. « J’ai toujours vu mes parents travailler d’arrache-pied. Je suis pareille. » Claudine est une spécialiste de la communication. Après avoir travaillé en agence de publicité, elle participe à l’aventure de l’Institut Supérieur de Communication comme directrice du site de Lille. Lorsqu’elle le quitte, elle imagine s’installer comme consultante. Mais on vient la chercher pour créer un projet d’association qui réunirait communicants, acteurs économiques et institutionnels régionaux au sein d’un laboratoire d’idées et de rencontres, pour « s’oxygéner le cerveau ». L’association Entreprises et Communication voit le jour en 2006, grâce à Claudine qui a tout créé, le contenu, le réseau, à partir d’une page blanche.

En 2007, Claudine est frappée par la maladie. Elle est littéralement clouée sur place : ses jambes ne la portent plus. « J’ai sombré dans un grand abattement. La Gazette recherchait un rédacteur. Ecrire m’a sauvée. » En 2012, Claudine ne marche toujours pas. Aujourd’hui, elle évalue ses progrès en nombre d’allers et retours dans son appartement : douze trajets quotidiens, tel est l’objectif qu’elle s’est fixé pour la fin de l’année. Claudine est volontaire. Pas question d’abandonner malgré la douleur parfois insupportable. « Il fallait que je continue de travailler. Je bénéficie maintenant d’un mi-temps thérapeutique. Je sais gérer ma douleur. Tout s’apprend dans la vie. La douleur est un baromètre qui permet de connaître ses limites. Je me prends en charge au moyen de méthodes douces, par les plantes, l’ostéopathie, les massages. Cette expérience de la maladie m’a aussi appris la différence. Au début, je me sentais marginale. Maintenant j’ose dire quand j’ai mal. »

En 2009, Claudine a démarré un grand projet : celui d’écrire un livre sur son vécu de la maladie, afin d’aider ceux qui souffrent à enfin voir les bénéfices qu’ils peuvent retirer de leur situation. « Je pense qu’il n’y a pas de hasard. Un jour, la vie nous envoie un signe, une maladie, un accident, pour nous dire qu’on n’est plus en adéquation avec soi-même. Certaines personnes ne comprennent pas ce qui leur arrive, alors que d’autres apprennent à vivre avec, même si chaque jour est une épreuve. La maladie nous aide à changer certaines choses dans notre vie. Il faut arrêter de regretter, de regarder vers ce qu’on a perdu. La clé du changement est dans le présent. Si les gens, malades ou non d’ailleurs, acceptaient de réfléchir à cela, ils vivraient plus sereinement. »

Le dernier chapitre du livre de Claudine s’intitulera « Vers des horizons nouveaux ». Elle désire que les siens la guident vers les réseaux de la santé à travers lesquels elle pourra transmettre de l’espoir.

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Quand on parle des femmes en politique, par exemple, on souligne toujours leur genre. C’est discriminant et totalement inutile ! J’attends simplement qu’elles soient compétentes. Je pense que les femmes ont beaucoup d’atouts : une psychologie particulière, une force intérieure certaine, une grande curiosité. J’ai banni à tout jamais la notion de pouvoir de mon travail. Maintenant, je suis capable de m’attendrir en voyant des hommes de pouvoir adopter des comportements désagréables et autoritaires et je pense « Mon dieu, il y a encore du boulot ! »

C’est moins difficile aujourd’hui pour une femme d’avancer et de se prendre en charge. Dans le monde actuel, ce qui est compliqué, ce n’est pas tant d’être un homme ou une femme, mais c’est d’être un être humain digne de ce nom. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Si j’étais un homme, je pense que je ferais pareil, car j’aurais accepté ma part de féminité. Mes parents voulaient au moins un garçon. Ils ont eu quatre filles. Je crois que je porte aussi en moi les traits de caractère du garçon qu’ils ont toujours voulu avoir pour reprendre la ferme familiale. »

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