Annick Castelain : une brasseuse en talons aiguilles

Sophie Mayeux – 2012

Le père d’Annick a toujours rêvé de faire de la bière, pour le magnifique savoir-faire qu’elle requiert. En 1966, à 50 ans, il s’est endetté pour racheter une brasserie et a entraîné toute la famille dans son aventure. Dernière d’une fratrie de cinq, Annick y a chaque année travaillé pendant les vacances. Il n’y avait pas de différence entre la vie de famille et la vie de l’entreprise.

Après ses études de gestion, Annick fait son stage à la brasserie et n’en est plus jamais repartie. Elle aime ce lieu, elle aime ce produit, elle aime cette entreprise familiale qu’elle transmettra. Son neveu est préparé à reprendre le flambeau. Annick est naturelle, sans « chichis », mais très féminine. Elle a créé le club des buveuses de bière en talons aiguilles du Nord. Un pied de nez pour dire aux hommes « Et oui, les femmes peuvent même boire de la bière et aimer ça ! »

Annick est déterminée et sait très bien où elle va. Mais surtout, elle ose. Elle ose être dans les réseaux économiques et syndicaux de la région, elle ose exporter sa bière aux Etats-unis ou en Chine, elle ose innover dans son domaine d’activité traditionnel, elle ose faire de son entreprise un organisme convivial où les gens aiment venir travailler. Enfin, elle ose être une femme dans ce monde masculin de la brasserie. Une main de fer dans un gant de velours ? Peut-être, car elle se bat pour faire reconnaître son entreprise et sa place.

Dans votre domaine professionnel, est-ce difficile d’être une femme ?

« Dans l’entreprise, c’est naturel que je sois là. A l’extérieur, ça l’est moins. Les gens n’ont pas l’habitude de voir des femmes patronnes. Lorsque je vais dans les cafés, les restaurants, les centrales d’achats, ils sont parfois surpris d’avoir affaire à une femme. Dans mon métier, il faut réussir à faire reconnaître sa compétence. Et ensuite, on est mieux acceptée.

Je ne suis ni mal à l’aise ni perdue au milieu des hommes. Je suis juste parfois agacée par quelques réactions machistes. On demande toujours aux femmes « Mais comment faites-vous pour travailler, avec vos enfants ? » Jamais aux hommes…»

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Aujourd’hui, les femmes ont de la chance : elles ont beaucoup de liberté d’action. Mais comme le dit Françoise Giroud, « La femme serait vraiment l’égale de l’homme, le jour où à un poste important on désignerait une femme incompétente.» »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Je ne me suis jamais posée la question de la différence. J’ai eu la même éducation que mes frères, les mêmes amis aussi. Si j’avais été un garçon, j’aurais fait mon service militaire ! Etre une femme, c’est naturel. Pour autant, quand on est une femme dans un univers d’hommes, on est choyée. On est un peu l’exception, on a une place à part. »

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