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Anne-Sophie Bastin : le feu sacré de la sainte colère

Sophie Mayeux – 2012

Anne-Sophie est animée d’une énergie rare qu’elle nomme son « énergie vitale ». Elle est la croisée de deux mondes. Ses parents viennent de milieux sociaux totalement opposés et elle s’est construite sur la rencontre du juste et de l’injuste, de la parole libre et rebelle, se heurtant à la parole sociale, de par le métier de psychanalyste qu’exerçait son père. Son univers intérieur nourri de musique et de littérature est immense et intense. Elle parcourt le monde extérieur, à la rencontre du beau et des plus démunis. Elle les défend, sans jamais baisser la garde.

Depuis son enfance, Anne-Sophie baigne dans les arts et la création. « J’ai commencé à mettre le nez dans la bibliothèque de mon père dès l’âge de sept ans. Petite, je chantais, je jouais du piano. J’ai vite commencé à composer. Aujourd’hui, je ne passe pas une journée sans écrire une rime, une strophe. Je participe au Printemps des poètes chaque année. Il y a beaucoup d’artistes dans ma famille, c’est dans les gènes. Ma soeur est danseuse et chorégraphe professionnelle, mon frère est guitariste, mon autre soeur fait du théâtre. » Anne-Sophie reste fidèle aux valeurs transmises par son père : « Tu as reçu, tu donnes ». La maison familiale était toujours ouverte pour accueillir les « gueules cassées » qui passaient par là. « J’ai hérité de cette bonté. Etre bon n’est pas inné. Il faut en avoir la volonté. »

Avocate au barreau de Lille, Anne-Sophie a pris la relève. Elle est « vitalement » engagée dans la défense des sans-abri. C’est en interprétant ses propres textes, sur des musiques qu’elle a elle-même composées, qu’elle slame pour plaider leur cause. Elle a composé aussi « Semez les pierres d’amour », en hommage à l’Abbé Pierre et à Pierre Bastin, son père « ce héros » qu’elle a perdu en octobre 2010. Mais elle retrousse aussi ses manches pour aller vers les plus petits lors de maraudes, trouver un abri pour l’un, un emploi pour l’autre. Elle parcourt les routes pour alerter. Elle a choisi de le faire par la musique. « C’est un art qui sensibilise les gens efficacement pour les mettre en action. Lorsque je chante, je suscite une émotion qui provoque l’humanité de chacun d’entre-nous. En mettant l’art au service d’une cause, je veux faire tomber les barrières, les préjugés. »

Anne-Sophie est libre et entière. Elle compose sa vie en tissant des liens, avec une constante, rester en dehors des clous. Cette grande humaniste est animée d’un feu ardent. « Exister c’est croire et s’engager. Avant j’étais dans un militantisme dur. Aujourd’hui, je suis dans une forme plus intimiste. C’est par la bonté qu’on peut agir efficacement, « la sainte colère ». Ce terme de l’Abbé Pierre désigne ce qui anime un être humain contre l’injuste. » Anne-Sophie a créé un réseau, « Lame de fond », pour mettre les gens en relation, afin de s’entraider mais se cultiver aussi. Elle est persuadée que c’est en fédérant toutes les énergies et en remettant chaque jour son ouvrage sur l’établi, comme le dit sa chère mère Monique, que son monde, et donc celui des autres, peut bouger.

Si Anne-Sophie ne militait pas, elle n’existerait tout simplement pas. Sa vie n’aurait pas de sens. Dans ces moments d’action, elle a l’impression d’être… simplement en vie.

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Personnellement, pas du tout. Mes soeurs et moi, nous nous sommes identifiées à notre père psychanalyste. Nous avons fait notre Oedipe à l’envers ! Chez nous, les femmes ont une part d’homme. Chaque être humain est bien dans sa part sexuée quand il a accepté sa part de l’autre sexe. Je n’oublie pas cependant que la femme tout comme l’homme n’ont jamais été autant dans le doute et la précarité, sous l’emprise de la violence qui est d’abord la leur. Le problème n’est pas d’être un homme ou une femme, mais d’être un être humain « humanisé ». »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Je m’autoriserais plus d’audace et de rixe amoureuse, ce que je ne me permets pas en tant que femme afin de ne pas me faire de mal. La femme que je suis aujourd’hui a envie de se préserver. Nous, les femmes, nous avons un rôle extraordinaire de pacification. J’ai beaucoup de tendresse pour les hommes. »

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