Hélène de La Moureyre : des convictions fortes comme moteur d’épanouissement

par Vanina Lézies-Toulemonde / crédit photos : Bilum

Je connais Hélène depuis quelques années et la retrouver est toujours un grand plaisir. C’est la perspective de passer un bon moment et de repartir pleine d’énergie et de joie. Elle n’a pas son pareil pour vous transmettre son enthousiasme, ses passions et les multiples projets qui l’animent.

J’arrive à notre lieu de rendez-vous et la retrouve emmitouflée, pétillante avec des idées bien arrêtées sur la tournure que doivent prendre nos échanges. Elle connait déjà bien l’esprit de CRAZY pour suivre le webzine depuis son origine et rentre tout de suite dans le vif du sujet. Elle souhaite mettre en avant les déclics qui sont le socle des valeurs qui la portent quotidiennement.

Une éducation ou la transmission des valeurs

Elle identifie quatre déclics fondamentaux qui ont jalonné son éducation et forgé ses valeurs. Tout d’abord, née dans une famille nombreuse, Hélène a reçu comme éducation un principe essentiel qui est de ne pas gâcher : l’eau sous la douche ou en se lavant les dents, l’électricité qu’il faut éteindre en sortant de la pièce, la nourriture, les vêtements des valeurs de bon sens. Parallèlement, ses parents lui ont très tôt inculqué le respect des autres et du travail. Mais plus que tout, ils lui font comprendre l’importance des réalisations conçues avec cœur, que ce soit pour le mobilier, l’artisanat, les vêtements ou l’alimentation et ce, dans le respect de la planète. Elle retient qu’il est fondamental d’aimer le métier que l’on fait et de le faire avec passion, cela donne une valeur inestimable au produit et permet de se réaliser professionnellement.

Le deuxième déclic vient de sa professeur d’histoire-géographie en 5ème, une femme avec un fort sens de l’humour et de grandes qualités de pédagogue. Elle aborde lors d’un de ses cours le problème de l’eau dans le monde et devient très grave dans son discours : « Mes enfants, ne gâchez pas l’eau, ni maintenant ni plus tard, car je peux vous garantir que lorsque vous serez adulte, il y aura des guerres pour cet or bleu. » Cette phrase lui revient comme un boomerang lorsque jeune voyageuse, elle prend l’avion et passe au-dessus du lac de Tibériade, lieu de haute tension entre Palestiniens et Israéliens.

Le troisième déclic vient de son père : lorsqu’elle a 8 ans, il prend au dessert une poire, son fruit préféré et prononce cette phrase qui restera gravée dans l’esprit d’Hélène : « Mes enfants, je vous plains car les poires n’ont plus le goût de poire. » La gravité de cette phrase lui fait réaliser qu’elle ne pourra pas ressentir ce que lui a ressenti.

Le quatrième déclic est teinté d’adolescence. Sa maman faisait le tri du verre et le seul bac du centre-ville se trouvait en face du collège d’Hélène. Sa fâcheuse tendance à venir déposer les bouteilles vides à l’heure de la sortie des classes lui fait vivre de grands moments de solitude. Mais avec du recul : quel cadeau !

Hélène dit de ces quatre déclics : « J’ai mis du temps à réaliser que c’était un joli bagage et un bel héritage ! »

Un parcours de réussite et le vide…

Après une erreur d’orientation dans ses études en biologie, elle rentre dans la pub par la petite porte. Elle en rêvait et met toute son énergie pour évoluer dans une très grande agence internationale pendant 7 ans. Elle vend entre autre de l’affichage géant sur les façades d’immeuble en travaux sur le périphérique, des bâches publicitaires géantes… à Paris. Petit-à-petit un écart se creuse, elle se sent en décalage avec un boss qui lui demande d’amortir son temps et de faire du business alors que c’est l’envie de créer qui est la plus forte chez elle. Se sentant de moins en moins à sa place, elle réalise que ce qu’elle vend le jour, elle rêve de le défaire la nuit. Le décalage se creuse, elle sombre, et le verdict tombe : burn out.

Fille de psychiatre, elle sait que le burn out est une dépression sévère. Son entourage professionnel lui recommande de « prendre des pilules et ça ira mieux ». Elle sait que ce n’est pas cela qui résoudra sa situation, elle refuse et fait le point. Cette vie toute tracée avec un excellent poste dans une très belle entreprise ne la rend pas heureuse et elle sent qu’elle passe à côté de l’essentiel.

De retour de vacances, elle décide de quitter son poste. En arrivant dans l’immeuble de bureau, elle prend l’ascenseur et se souvient de s’être regardée dans la glace quelques années auparavant en se disant que tout lui réussissait et qu’elle intégrait l’agence dont elle rêvait. Ce jour là, elle se regarde, elle a perdu 7 kg, est en pleine dépression : ça la conforte dans sa décision. Hélène réalise surtout que rien n’est jamais gagné. Lorsqu’elle annonce sa décision à sa hiérarchie, son interlocuteur lui dit qu’il comprend et qu’il aimerait faire comme elle mais ne peut pas, car il doit rembourser le crédit de sa voiture ! Cette phrase la renforce dans son choix : hors de question de se laisser emprisonner de la sorte !

Une renaissance et un accord « valeurs – épanouissement professionnel »

Hélène est bien consciente d’avoir beaucoup appris de son expérience professionnelle. Mais elle pense avoir fait son temps dans une grosse structure et l’envie de créer, d’entreprendre et d’être son propre boss est la plus forte. Elle souhaite être autonome, libre de ses choix et notamment du choix de ses partenaires et fournisseurs. Elle travaille sur trois projets et quelques mois plus tard, l’un sort du lot : ce sera l’origine de la création de Bilum. Pionnière dans l’upcycling, elle travaille sur la récupération de bâches publicitaires et les transforme en une large gamme de sacs et d’accessoires. Ce projet la motive plus particulièrement car il offre le double défi de toucher un secteur qu’elle connait tout en valorisant la récupération des matériaux.

Elle mise sur une production exclusivement réalisée en France, responsable et écologique. Pour cela, Hélène s’appuie sur le savoir-faire d’une dizaine d’ateliers et privilégie ceux qui ont une politique d’insertion sociale. « Je crois au local, j’ai besoin de travailler avec des gens à côté de chez nous car ce qui m’anime c’est l’Homme, et j’avais le souhait de faire travailler des personnes en insertion sociale. Au fil du temps, les liens se tissent et nous partageons une vision, des convictions et un engouement commun. »

Les années passent, Hélène étend ses collections à d’autres matériaux de récupération comme les voiles de bateau, les gilets de sauvetage, les airbags, les rideaux de palace parisiens, prochainement les blousons de la Gendarmerie Nationale… Elle a aussi choisi d’installer ses bureaux dans une ancienne entreprise de bouteilles de verre en bord de Seine à Choisy le Roi. C’est un endroit lumineux, agréable où la nature n’est jamais bien loin. Elle privilégie le vélo dès qu’elle le peut et a récemment déménagé en passant par une société qui fait les déménagements à vélo ! Engagée jusqu’au bout !

La réussite d’Hélène, c’est d’avoir su concilier ses valeurs avec son projet d’entreprise, de les partager et les transmettre à ses fournisseurs et partenaires. Ses convictions font assurément d’elle une personne qui fait son métier avec le cœur et donne ainsi à ces sacs et accessoires ce supplément d’âme qui les rend doublement uniques.

Je quitte Hélène chargée d’énergie positive.

Dans quelle lettre de CRAZY se retrouve Hélène ?

« C’est compliqué car Curieuse, j’aimerais ne jamais cesser de l’être. C’est un vrai joli bagage familial et cela s’entretient. Rêveuse car sans rêve il n’y a pas de vie ! Pour Audace et Yes it’s possible, ce sont deux sujets que je vois ensemble, que je résumerais en O de Oser. Pour le Z de Zen, y’a du boulot, me répond-elle dans un éclat de rire. C’est la cohérence avec soi-même qui aide à devenir zen. Mais le Z ça me fait aussi penser à Zzzzzzzzzzzzzzzzzz, dormir ! Et ça, ce sera bien quand j’aurai 95 ans ! »

Site web : http://www.bilum.fr

Intervention TedxLille : Upcycling, le dessin d’une seconde vie

http://www.tedxlille.com/helene-de-la-moureyre/

Guerlain et le développement durable – la petite robe noire

https://www.youtube.com/watch?v=kDzk7swQaGU

 

Une réflexion au sujet de « Hélène de La Moureyre : des convictions fortes comme moteur d’épanouissement »

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