CHRIS DELEPIERRE : entrepreneur optimiste de projets porteurs de sens

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par Sophie Mayeux

J’attends Chris Delepierre pour son interview au studio. Je le suis un peu dans différents réseaux, je l’ai déjà croisé, je sais dans quel domaine il œuvre, mais j’ai hâte de le connaître plus intimement, de dérouler son fil rouge. Je sais qu’il porte et intervient dans de multiples projets. J’ouvre la porte pour le faire entrer. Il a l’air si jeune, il irradie de chaleur humaine, me dit bonjour comme si nous étions de vieux amis, avec simplicité et sincérité. Il s’assied et commence par étaler sur la table basse des mots et des formes qu’il imprime en 3D : Joie, Fun, Liberté, Audace, Empowerment, le beffroi de Lille, la Vénus de Milo, comme autant de preuves révélées de son engagement et de sa manière d’être au monde. Ces objets ne sont pas là pour décorer joyeusement son discours et essayer de vous convaincre de son bien-fondé. Je vais me rendre compte au fur et à mesure de la rencontre qu’ils sont tout simplement Chris. Chris incarne tous ces mots.

Créer son entreprise, et dans le domaine de la RSE

Chris a toujours su qu’il voulait créer son entreprise dans le social business. Son appétit de rencontres et d’apprendre, sa curiosité, ses valeurs fondatrices le mènent naturellement vers le domaine de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

« Je suis Ch’ti, commence-t-il fièrement. J’ai 27 ans, je suis fils unique et j’habite encore chez mes parents, à Villeneuve d’Ascq. Je peux ainsi me dédier totalement à tous mes projets. Mon foyer est très important pour moi, car il constitue un fort soutien. Je suis diplômé de l’Iteem, (formation Centrale Lille d’Ingénieur-Manager-Entrepreneur) et d’un Master en Gestion de projet à Skema Business School. En 2012, à l’issue de l’Iteem, je me suis naturellement dirigé vers le Réseau Alliance qui m’a pris en stage de fin d’études. J’ai continué de travailler pour cette structure qui m’a ouvert l’écosystème des entreprises du Nord, m’a permis de découvrir les bonnes pratiques et la RSE, de connaître un grand nombre de personnes et de commencer à former mon réseau. J’ai pu participer au World Forum, à la naissance de la Troisième Révolution Industrielle en région avec Jeremy Rifkin, à la création du SobizHub (Social business Hub) avec Muhammed Yunus. Tous ces projets ont forgé ma culture RSE. »

Chris sait depuis tout jeune qu’il va créer son entreprise. Il est très marqué par Bill Gates et son engagement sociétal. Mais en étudiant de plus près le modèle économique et les liens entre son entreprise et sa fondation, il s’aperçoit que l’Américain n’est pas cohérent entre ce qu’il prône et la manière dont il le fait. « On définit légalement une entreprise comme une entité faite pour dégager du profit. Je pense que non ; une entreprise a pour but de résoudre un problème sociétal et via l’entrepreneuriat social, c’est possible, tout en mettant en place des modèles économiques cohérents avec ces valeurs. C’est ce qu’a réussi André Dupon avec Vitamine T, il est d’ailleurs mon parrain d’entrepreneuriat social. »

Les parents de Chris ont eu du mal à accepter cette envie d’entreprendre. Ils n’étaient pas du tout baigné dans la culture de l’entrepreneuriat. Leur fils était double diplômé une école d’ingénieur et d’une école de commerce. Il pouvait avoir un bon travail, gagner de l’argent. Ils avaient peur. Mais, ils l’ont toujours soutenu et aujourd’hui sont heureux de voir combien cette aventure l’épanouit.

« En 2013, je découvre l’impression 3D et sa magie. Cette nouvelle forme d’impression permet de matérialiser le virtuel en un objet physique. J’aime ce passage du virtuel au concret, symbole du retour aux relations humaines dans notre monde très dématérialisé. Je me suis formé pendant un an, j’ai fait de la veille, j’ai arpenté les salons et j’ai acheté une imprimante 3D que j’ai installée dans mon garage. J’ai rencontré Thomas, devenu depuis mon partenaire d’aventure, alors qu’il finissait ses études. Notre premier sujet imprimé a été une œuvre d’art, la Vénus de Milo. En la touchant, je me suis demandé comment les aveugles faisaient pour visiter un musée. C’est ainsi que naît le projet Toucher pour Voir qui allie le handicap visuel et l’impression 3D, ou comment décliner les œuvres d’art en 3D pour permettre aux déficients visuels de les voir.

Je fais la première édition de Ticket For Change en 2014. L’objectif de ce tour de France de jeunes entrepreneurs est d’activer les talents et les réseaux. C’était aussi pour moi l’opportunité affirmer ma position d’entrepreneur du changement et d’enclencher l’énergie du changement. Cette expérience m’a permis de rencontrer des pionniers de l’entrepreneuriat social comme Pierre Rabhi. A la fin du tour, j’ai pitché sur le projet Toucher pour Voir… Et j’ai remporté le premier prix ! »

Le début de l’aventure entrepreneuriale: l’imagination comme seule limite

De tri-D à Trézorium, Chris est guidé par la conviction que l’émancipation de l’individu passe par l’expérimentation de l’action. Chris et Thomas créent l’agence tri-D, la troisième révolution des idées. C’est une agence qui réalise des prestations de conseil et de design numérique dans différents domaines : marketing, événementiel, architecture, BTP, culture, patrimoine. Elle conseille aussi dans le développement de nouveaux produits sur-mesure. Elle conçoit des expériences interactives et numériques qui libèrent la créativité des publics dans le domaine de l’éducation et de l’entreprise (modèle fablab). tri-D porte le projet Toucher pour Voir.

Chris reprend : « L’imagination est notre seule limite. Internet décuple la puissance de la création avec le partage. On peut téléporter les monuments de Lille n’importe où dans le monde. On met sur une plateforme les sources du fichier et on peut imprimer le beffroi de Lille à l’autre bout de la Terre. La révolution de l’imprimante 3D ce n’est pas l’outil en lui-même qui existe depuis des années, mais la démocratisation de celui-ci avec tous les usages qui peuvent en découler. Nous avons créé une communauté autour de Toucher pour Voir comme un laboratoire où nous pouvons expérimenter nos idées et manières de faire. Nous avons travaillé avec le LAM, le Musée des Beaux-Arts de Lille… Cependant, avec Toucher pour Voir, notre vocation n’est pas de fabriquer des produits de manière industrielle, mais d’aider les personnes déficientes visuelles à mieux se représenter le monde qui les entoure par la fabrication d’objets tactiles accessibles pour tous à l’école et dans les musées. Nous intervenons donc auprès de structures culturelles ou qui accompagnent le handicap pour qu’elles fabriquent elles-mêmes les produits, ceux-ci devant servir un projet qui a du sens. »

En travaillant avec les enfants, Chris se rend compte que l’expérience de la fabrication par soi-même donne un sens et une histoire à l’objet. L’acte de fabriquer est au cœur du processus d’émancipation de l’individu, car il a ainsi le pouvoir de donner vie à ses idées. Il n’est plus simplement consommateur d’un produit, mais acteur car il a participé à sa fabrication. Chris m’explique que c’est cet esprit qui anime les makers dans les fab-lab : les makers sont en général des jeunes à l’esprit hacker, ils vont chercher en open source les informations dont ils ont besoin pour leurs créations, ils mettent en retour en accès libre les leurs. Ils fabriquent seuls ou ensemble, se crée ainsi une communauté ou chacun s’entraide. Chris a rencontré Elaine Benoît dans un dîner de la Ligue des Optimistes. C’est en discutant ensemble de ce constat, qu’ils ont l’idée de développer l’esprit hacker chez les enfants, pour les rendre plus curieux et créatifs et ainsi servir leur émancipation.

C’est ainsi que naît Trézorium, espace de libération des idées et de la créativité pour les enfants et les grands enfants (cf. Portrait d’Elaine Benoit CRAZY#6). Cette entreprise est créée en 2016 autour de la technologie numérique et du concept de pédagogie récréative par le jeu, la création et l’action. Trézorium intervient dans des médiathèques, des écoles, des musées, leur transmettant des outils et les accompagnant dans la construction du projet personnalisé qui fait sens pour eux. Car le faire est émancipateur. C’est l’empowerment de l’individu.

Acteur et veilleur d’un monde qui change, source d’une véritable énergie vitale dans laquelle Chris exprime et vit ses valeurs

Chris me montre un document pour m’expliquer tous les projets dans lesquels il intervient. « J’ai besoin de ce document pour me souvenir de tout ce que je fais ! Je porte 7 projets en même temps, et je fais partie de 20 groupes de réflexion et d’écosystèmes. » Je lis: acteurs de la Troisième Révolution Industrielle en Nord-Pas de Calais, veille sur de nombreux sujets relatifs à la nouvelle économie, RSE, économie collaborative, mouvement Makers, transition fulgurante et Technosciences, économie circulaire et de la fonctionnalité, management collaboratif, gestion de la connaissance, innovation frugale, sobriété heureuse… Je n’en reviens pas ! 20 projets dont des associations, des groupes de réflexion (think tank), mais comment fait-il ? « Mon ordinateur, c’est ma mémoire, je garde tout dessus. Je ne pourrais pas m’en passer, il décuple mes capacités. Je fonctionne exclusivement en mindmapping, pour organiser et structurer mes idées. Bien utilisé, il permet de capitaliser sur les connaissances. Je prends du temps pour ne pas en perdre. C’est-à-dire que je prends le temps de répertorier toutes mes idées, tout ce que je lis, toutes les personnes que je rencontre, dans ma base de knowledge management (gestion de la connaissance), et de faire les bons liens, pour ressortir du tiroir la bonne information au bon moment. Ce qui me manque le plus en fait, c’est le temps. Le temps pour réaliser mes projets, optimiser au maximum ma connaissance et mes contacts. Si j’avais plus de 24h dans ma journée, je pourrais faire plus. »

Et bien Chris n’a toujours que 24h dans sa journée mais il en fait encore plus ! Il a le projet de créer une association pour venir en aide aux Bangladais qui vendent des roses à Lille, les BangladeCh’tis. « Nous les avons rencontrés, nous avons découvert des personnes qui sont dans la survie, mais qui s’auto-organisent et se débrouillent seules pour vivre. Ces hommes sont dans une vraie démarche de social business, ils sont très attachants et nous voulons qu’ils soient mieux intégrés. » Chris contribue également au lancement des Transition Labs en région avec le collectif des Cre@ctiv’Acteurs. « L’enjeu est de répondre aux besoins de transformation des écoles, des entreprises et des territoires. Nous sommes tous des entrepreneurs réinventeurs passionnés par l’Innovation Sociétale Libre et Durable qui œuvrons en région depuis 10 ans. Nous accompagnons la transition de notre territoire vers une économie créative, plus ouverte basée sur l’échange et la collaboration. Telles des abeilles, nous pollinisons notre avenir commun, le vôtre, le nôtre, celui de nos enfants pour co-construire un mieux vivre ensemble. »

Une personnalité cohérente aux valeurs fortes : amour, confiance, optimisme

La valeur socle de Chris est l’amour. Il ose prononcer ce mot qui dans sa bouche sonne avec sincérité et évidence. Chris est une personne unifiée : il a pour règle de vie d’être cohérent avec lui-même dans chacun de ses actes. «J’ai commencé en terminale à pratiquer la capsule temporelle. La capsule temporelle, c’est un message ou une œuvre que l’on enterre, dans laquelle on délivre un message aux générations futures et qui ne doit être ouverte que de longues années après sa création. Chaque année, je m’écris une lettre que je retrouve et lis l’été suivant. Lorsque j’écris la lettre, je me projette dans l’année suivante en me demandant ce que je peux me promettre dans le futur, quels objectifs je peux me fixer. C’est une démarche d’autant plus pertinente lorsque l’on est dans une période transitoire. Je vois au fur et à mesure des années l’évolution de mon moi, cela m’oblige aussi à réfléchir sur moi, ce que j’aimerais dire à mes petits-enfants de mes réalisations lorsque je serai vieux.

Je suis la même personne dans la vie personnelle et la vie professionnelle. Je suis dans la même dynamique, je reste cohérent. Ma valeur socle est l’amour, l’amour de mes proches, des autres, des hommes. À partir de cette valeur, le reste se décline, la solidarité, le partage, la confiance.

Je fais toujours le pari de la confiance en l’autre de manière gratuite et bienveillante. Quand on fait ce choix, les opportunités, les chances se présentent. Et c’est ainsi que l’on construit son réseau. Personnellement, je considère le réseau comme une grande chaîne d’entraide gagnant-gagnant au global et sur le long terme : j’aide une personne qui ne me le rendra pas forcément en retour tout de suite, mais quelqu’un d’autre de mon entourage m’aidera sans que je lui rende l’appareil à court terme. »

Dans quelles lettres de CRAZY ! se retrouve Chris ?

Chris me donne immédiatement le A d’audace. Je ne suis pas surprise. Et il choisit de m’illustrer ce mot à travers divers auteurs et ouvrages qu’il aime et qui l’inspirent.

« La phrase qui me guide est de Goethe : quelle que soit la chose que vous pouvez faire, faites-la, l’audace a du génie, de la puissance, de la magie. Commencez dès maintenant.

L’ouvrage qui ma beaucoup inspiré est L’éloge de l’audace et de la vie romanesque de Philippe Gabilliet, vice-président de la Ligue des Optimistes.

L’auteur que j’aime est Alain Damasio. Il écrit des romans de science-fiction d’anticipation politique. Il y interroge le sens de la vie, comment retrouver notre puissance vitale dans une société dévitalisée, passive, paresseuse, confortable, quitte à ce que ce soit dur et décevant. Mais c’est ça qui fait la magie des choses, c’est la difficulté qui fait la saveur de la vie.

Le livre que je préfère : Cyrano de Bergerac. J’aime ce personnage pour son sens de l’honneur, son panache, son côté impertinent aussi. C’est une histoire d’amour pleine de poésie et d’audace. »

Vous avez l’esprit en ébullition, la sensation d’avoir le cerveau retourné dans tous les sens après avoir lu ce portrait ? J’étais aussi dans cet état à l’issue de l’entretien. Chris est intarissable, toujours prêt à parler, échanger, débattre. Il n’a pas 30 ans et j’ai l’impression qu’il a déjà vécu de multiples vies. Je ne peux pas vous parler de tous les projets qu’il a menés et dans lesquels il s’investit, mais suivez ce feu follet incandescent sur les réseaux sociaux ou via sa newsletter, vous ferez du bien à vos idées.

Blog sur l’entrepreneuriat porteur de sens : http://blog.chrisdelepierre.fr/

Twitter : @ChrisDelepierre

Facebook : https://www.facebook.com/chris.delepierre

Site de tri-D : www.tri-d.fr

Site de Trezorium : www.trezorium.com

Viadeo : fr.viadeo.com/fr/profile/chris.delepierre

Linked In : fr.linkedin.com/in/chrisdelepierre

CV Doyoubuzz en ligne : doyoubuzz.com/chris-delepierre

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