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ANDRE DUPON : une revanche positive sur la vie

André Dupon, Président du Groupe Vitamine T, n’est pas un optimiste né ! « Nous sommes tous pour une grande part le produit de notre enfance. La mienne a été un peu rude et j’y ai puisé mon énergie et mes ressources. Ce qui a certainement structuré et nourri mon parcours personnel et professionnel, c’est une forme de revanche. J’ai conservé des 20 premières années de ma vie à la fois une forme d’humilité et une énergie considérable pour échapper à ma condition sociale. » 

Il n’y a pas de colère même si, adolescent, André Dupon en voulait « à la terre entière » d’avoir été séparé de sa famille. « J’avais une rage de réussir ma vie. Plus que de réussir dans la vie. Le temps guérit les blessures et je suis aujourd’hui un homme apaisé. »

La vie d’André Dupon a mal démarré. Issu d’une famille nombreuse, il est abandonné dès son plus jeune âge par ses parents et séparé de ses frères et sœurs. Il sera placé en institution jusqu’à sa majorité. A 14 ans déjà, il a la chance d’avoir une tête bien faite, pour pouvoir faire des études. Il a accès à la connaissance et adore lire. Il ne connaît pas l’échec scolaire. « J’ai été le premier gamin de l’orphelinat à passer le bac. J’ai aussi eu la chance à l’adolescence de pouvoir aller faire des chantiers humanitaires au Sénégal et j’ai eu alors une fulgurance pour l’Afrique. » C’est ce parcours, et aussi de belles rencontres qui lui ont permis de se construire et d’orienter ses choix vers l’intérêt général.

Un parcours fait de rencontres… ça construit, l’existence !

Il est une première belle rencontre qui a guidé André Dupon vers sa vie d’adulte. Marthe Dramez, une très grande dame, célibataire endurcie, pieuse, à la fois autoritaire et en quête d’affection, Proviseure à Paris d’un grand lycée privé. « Elle m’a pris sous son aile alors que j’étais très jeune et elle ne m’a jamais lâché jusqu’à sa mort. J’ai appris bien après qu’elle avait financé l’intégralité de mon éducation en faisant des dons à l’orphelinat. Elle me prenait régulièrement aux petites vacances à Paris et me faisait rencontrer des artistes, écrivains, intellectuels de son milieu, ce qui bien sûr me fascinait à l’époque. Je lui dois une partie importante de mon éducation, de mon ouverture aux autres, de mon éclectisme dans mes goûts artistiques, littéraires, musicaux. »

Des rencontres, encore des rencontres, toujours des rencontres !

Des déclics, des opportunités, des rencontres, on en a tous dans la vie. Il suffit pour André Dupon de savoir les saisir. Il démarre sa vie professionnelle comme éducateur auprès de jeunes en difficultés. « J’accompagnais cinquante jeunes. Comme quelques travailleurs sociaux à l’époque, j’étais à la fois très militant et préoccupé de la situation de détresse de ces jeunes, amplifiée par les ravages débutants du chômage, dont ils étaient les premières victimes. Les réponses d’accompagnement social,  les réponses institutionnelles, se fracassaient en effet sur le mur de la crise économique –qui n’en était pourtant qu’à ses débuts. J’avais soif d’innovations, de nouvelles actions concrètes. » ll poursuit donc son parcours dans d’autres horizons : une Mission Locale pour les jeunes, un centre social, un organisme d’HLM, où il prend assez vite des responsabilités de projet, de management, de gestion. « Une fibre entrepreneuriale s’est alors « emparée » de moi !  C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Pierre De Saintignon, qui avait créé Vitamine T dix ans auparavant. »

Encore une rencontre, déterminante celle-là. « Nous ne nous sommes plus « quittés » depuis vingt-cinq ans. Au-delà de son talent créatif, de son énergie incroyable et exclusivement tournée vers de grandes causes, telle la lutte contre les exclusions,  Pierre a pris une place majeure dans ma vie, avec ma famille. Il est le grand frère que je n’ai pas eu, et pour tout dire, un modèle. C’est à son contact que j’ai compris une chose essentielle pour la suite : si la réponse apportée à une personne en souffrance n’est que sociale, et elle doit d’abord l’être bien évidemment, cela ne suffira pas à lui permettre de reprendre confiance en elle et de construire un projet personnel et professionnel. » Il fallait absolument créer de nouveaux modèles, inventer, innover pour ces jeunes et adultes… « J’ai alors quitté le travail social pur et choisi l’insertion par l’économique comme modèle abouti, parce que combinant à la fois les dimensions sociale et économique du chômage d’exclusion. Rechercher pour ces personnes une sorte d’alchimie entre le travail salarié et l’accompagnement social, pour leur permettre d’exister par un emploi, une rémunération, un vrai parcours d’insertion. » 

Un optimisme certain sur la politique de demain : (re)donner du sens et un idéal à la nouvelle génération !

André Dupon ne pourrait pas faire de la politique.  « J’ai le plus grand respect pour l’engagement politique et je connais beaucoup d’élus qui méritent mieux que tous les maux dont on les accable. Mais la politique est un monde empreint d’une grande violence, derrière la façade des tribunes. Mon seuil de tolérance à la maltraitance est beaucoup trop bas pour que je puisse « survivre » dans cet univers assez impitoyable ! » Ce qui le fait espérer aujourd’hui en la politique de demain, c’est sa conviction que nous vivons la fin d’un cycle. « Une nouvelle génération va émerger, pour faire de la politique autrement, dans un aller-retour permanent entre la vie professionnelle, sociale, associative, artistique, et citoyenne. »

Il observe le rapport distant à la politique des jeunes, « non pas qu’ils soient désincarnés de toute conviction, mais parce qu’ils sont nés avec la crise, qu’ils n’ont entendu parler que d’elle, qu’ils en sont les premières victimes, notre pays battant des records en matière de chômage des jeunes. Parce qu’ils sont méfiants à l’endroit des propositions qui leur sont faites, parce que les résultats concrets pour eux ne sont pas là. Parce que même un jeune diplômé mettra en moyenne huit mois avant de décrocher un premier job, et qu’il aura 28 ans pour son premier CDI ! Et je ne vous parle pas des « bac moins 30 », comme je les appelle affectueusement chez Vitamine T. » André Dupon en est convaincu, « ces jeunes et tous les Français, ne se réconcilieront avec leur classe politique que quand l’économie repartira et que le chômage baissera. »

Il parle de cette génération de l’Empowerment, c’est-à-dire de l’octroi de plus de pouvoir aux individus ou aux groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques qu’ils subissent. « Ils veulent que la politique soit ré-enchantée par un idéal plus que par des expertises. Ils veulent confusément que la vague de mobilisation citoyenne suite aux drames du 11 janvier soit durable ! Et comme je suis d’un optimisme absolu, je crois en eux. Ils ont une vision plus universelle de la façon dont on peut régler les problèmes du quotidien et surtout ils ont, plus que nous, le sens du concret, le sens de l’action, du circuit court. Ils veulent que cela fonctionne vite, ils cherchent en fait d’autres solutions. Et c’est pour cette raison que je suis assez optimiste pour l’avenir. Si on peut être pessimiste dans le diagnostic, on peut être résolument optimiste dans l’action. »

Etre dans « le faire » pour rester optimiste !

André Dupon a le bonheur aujourd’hui d’être à la tête d’une entreprise sociale qui combine le business avec un seul objectif social : la création d’emplois.

Il y a dix ans, Vitamine T c’était 600 salariés, aujourd’hui ils sont 2 600. En 2005, Vitamine T, c’était 6 millions d’euros de chiffre d‘affaires contre 50 aujourd’hui. L’entreprise, qui a vu passer 35 000 personnes en près de quarante ans d’existence, est une des premières à avoir investi dans l’économie circulaire. Une entreprise dans laquelle on rencontre chaque jour des « miracles » humains. « Nous ne réussissons pas à tous les coups mais, à chaque fois que je vois une femme ou un homme arraché à l’exclusion et au chômage, échapper à sa condition, comment voulez-vous que je ne sois pas optimiste ? Ce qui m’intéresse chez ces personnes, ce n’est pas leur passé mais leur avenir. »

Et comme André Dupon est “dans le faire“, il est plus optimiste encore qu’il y a vingt-cinq ans. « Je suis un homme concret, pratique, et rien ne me comble plus que de créer de nouvelles entreprises sociales, que de conduire des projets complexes, que de manager, de diriger, d’arbitrer, et ce, toujours avec la recherche incessante d’un impact social, car il est plus facile de faire de l’argent que de faire des Hommes ».  Son optimisme n’est pas nourri d’analyse ni de commentaires sur les maux de la société, mais de sa recherche permanente des solutions à y apporter. « Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés  de ne pas déranger ceux qui essaient ! J’évite le plus possible les gens négatifs. Ils ont toujours un problème pour chaque solution ! A la Présidence Nationale du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux, je suis ému du nombre de jeunes créateurs, dirigeants, qui prennent des initiatives. A la Présidence de la Sauvegarde du Nord, qui accueille et accompagne des milliers d’enfants, d’adolescents et d’adultes confrontés à des difficultés souvent lourdes, je suis touché, comme au premier jour, par leur capacité à reprendre pied, à reprendre leur destin en main. »

Il y a plein de solutions qui marchent. Ce sont de celles-là dont il a envie d’entendre parler dans les médias, qu’il faut faire prospérer.  « Mon optimisme n’est pas de façade. Il se nourrit de ce que je fais ! Si j’étais trop éloigné de la réalité, je le serais sûrement moins. »

Dans quelle lettre de C.R.A.Z.Y ! se retrouve André Dupon ?

« Le Y (YES !) de CRAZY ! Car bien sûr c’est possible ! YES it’s possible… Il y a plein de solutions. Je dis que la nouvelle génération va régler les clivages de notre société, elle en aura le courage qui a beaucoup manqué à ses aînés ! La France s’engage, des hommes et des femmes veulent créer, entreprendre autrement, bien sûr que c’est possible ! Moi, comme beaucoup d’autres, j’ai choisi le camp des coureurs, et non des chronométreurs, avec le langage de la preuve, avec le risque d’échouer parfois. Avec Pierre de Saintignon, et mille autres, nous avons fait de Vitamine T une très belle entreprise sociale et pourtant nos parcours, voire nos compétences, ne nous y avaient pas préparés.

Oui, tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais ! Oui j’aime les opiniâtres, les résilients, les increvables ! »

Si André Dupon était… un film ?  C.R.A.Z.Y, un film Québécois de Jean-Marc Vallée, sur la relation père fils !

… Une chanson ? L’envie, de Johnny Hallyday, l’envie d’avoir envie.

… Une référence au bonheur ? La Fabrique Spinoza dont la mission est de redonner au bonheur sa place, au cœur de notre société.

Isabelle Samaille

2 réflexions au sujet de “ANDRE DUPON : une revanche positive sur la vie”

  1. Bonjour cousin, que les années passent…
    vivre, évoluer, apprécier, profiter, les racines de la famille…
    bonne continuation…
    Bises à Françoise et tes grands enfants.
    Freddy

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